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UFO ?
juillet 5, 2008, 5:54
Classé dans : Interviews

UFO ? Késako ? Un syndicat ? Une multinationale ? Des terroristes ? Pire que ça ma pauv’ dame ! Des gens pas normaux je vous dis… Il paraît même que… Enfin non je préfère ne rien dire, ils vont le dire eux mêmes, par la voix du Sanglier (ils ont même des noms de code !). Le site http://www.ultrafondus.fr/

 

UFO ? C’est grave ? Est-ce que ça se soigne ?

Ces trois lettres, outre désigner les objets volants non identifiés (Unknown Flying Object), désigne également les « objets courants non identifiés ». UFO, ou Ultrafondus, c’est un regroupement de passionnés d’ultrafond, des fondus d’ultra en somme.

L’ultrafond, c’est ce sport, cette discipline plutôt, qui consiste à parcourir à pied de longues distances. 50 km, 100, plusieurs centaines et même plusieurs milliers ; sur route, sur piste, en montagne ; en une journée, en une semaine, sur toute une vie : l’éventail des possibilités est infini en ultra.

Cette discipline est méconnue du grand public, assimilée à un sport extrême, et ses pratiquants sont souvent considérés comme des fous courants. Les quelques images qui passent à la télévision (lors du North Face Ultra-Trail du Mont-Blanc par exemple) montrent en effet des gens usés jusqu’à la corde, qui disent et montrent leur souffrance. On s’interroge alors bien sûr sur l’intérêt de ce sport présenté comme destructeur. Il se trouve que l’ultrafond n’est pas plus destructeur qu’une autre activité sportive, et qu’au contraire il permet de construire énormément de choses, d’un point de vue personnel (physiquement, mentalement), mais aussi communautaire (échanges d’idées, expérimentations…).

Ultrafondus, dans ce cadre, est un facilitateur d’échanges : le site internet informe sur l’actualité de l’ultra, propose calendriers et résultats de compétitions ; le forum d’échanges permet de glaner des informations, de s’inspirer des expériences des autres, de bâtir ensemble ; le magazine raconte des histoires vraies au travers d’une superbe maquette.

Petite particularité amusante : chaque personne inscrite sur le forum choisit un pseudonyme pour y écrire. Il peut être basique (Franck92) ou plus amusant, en rapport avec ses origines ou sa pratique. Pour ma part, je suis « Le Sanglier », car originaire des Ardennes, et il parait qu’en courant j’ai quelque peu l’allure de ce débonnaire habitant des bois. Que des rumeurs bien sûr.

 

Et toi, comment as-tu rejoins la communauté ? Ce n’est pas une secte ?

Eh bien comme tous les autres : j’ai signé un contrat me destituant de tous mes biens envers le « Coureur Éternel », et j’ai couru mon premier six jours, où je n’ai réalisé qu’une piètre performance de niveau « adepte éclairé ». Je compte bien m’améliorer par la suite à force d’entraînement, d’abnégation et de pilules bleues pour grimper les échelons et avoir un jour le droit de participer à la « Course Perpétuelle ».

Pas crédible ? Ok, reprenons : j’ai couru mon premier ultra un peu par hasard en 2004, après deux ans de pratique de la course à pied hors stade. C’était un trail (course nature) de 91 km en région parisienne. J’étais relativement peu et mal entraîné, mais j’ai réussi à terminer l’épreuve, et ça m’a beaucoup plu. Je me suis alors documenté sur internet pour découvrir d’autres épreuves, et glaner des conseils de préparation.

Je suis tombé sur le site Ultrafondus et le forum, où on m’a accueilli joyeusement. Peu importe le niveau de pratique, les objectifs, la manière de voir les choses, l’accueil est simple, didactique. Ça aussi ça m’a beaucoup plu. De fil en aiguille, j’ai pris de l’expérience, partagé mon activité, mes résultats, mes ambitions avec les autres, coureurs ou non d’ailleurs. C’est effectivement un esprit communautaire, mais très ouvert sur l’extérieur, dans les deux sens : entrant, avec l’accueil de toute personne désireuse de s’informer ou de pratiquer, sortant avec un ouverture maximale sur d’autres sujets (physiologie, nutrition…) ou d’autres sports (triathlon, cyclisme, randonnée…).

 

Quelles sont les valeurs prônées par les UFO ?

La société Ultrafondus prône un certain nombre de valeurs, et communique largement dessus. Par exemple, nous venons de sortir une carte de membre, qui offre des réductions sur les produits de nos partenaires, ainsi qu’une assurance couvrant la pratique des sports outdoor en loisir ou compétition. Eh bien avec cette carte, nous expédions une « charte » rassemblant en quelques points les principes qui nous semblent essentiels, à la fois dans note activité sportive, mais aussi dans le vie de tous les jours. Nous aimerions bien sûr que tous, Ultrafondus ou pas d’ailleurs, appliquent ces principes qui semblent évidents. Mais il ne faut pas se leurrer, coureurs ou pas, nous ne sommes que des hommes, faillibles par définition. Ces principes sont  le respect des autres, des règlements, de soi et de l’environnement. La plupart des coureurs se sentant proches d’Ultrafondus approuvent également ces valeurs.

J’ajouterais que nombre d’Ultrafondus ont également en commun un petit grain de folie caché quelque part dans leur tête, grain qui parfois prend le contrôle et permet la réalisation d’idées saugrenues, mais magnifiques. Ça, c’est une valeur importante : toute idée vaut qu’on s’y attarde, et celles qui semblent les plus difficiles à réaliser sont bien souvent les plus belles. Ultrafondus est née sur ce principe : va au bout de tes idées, n’hésite pas, fonce, dépasse les bornes !

 

C’est quoi cette histoire de drapeau qui se balade ?

Un jour, un coureur de longue distance a eu l’idée de faire broder par son épouse le logo « UFO » sur un triangle de tissu, et de balader ce fanion lors de son périple à pied. Le fanion est revenu usée, sali par les intempéries, mais il avait voyagé de quelques centaines de kilomètres. Et puis ce morceau de tissu est passé à un autre coureur, qui a couru dans un autre pays, et ainsi de suite de mains en mains. Le drapeau Ultrafondus a ainsi traversé les sables de Mauritanie, il s’est approché du toit du monde au Népal, il a tourné plusieurs fois autour du Mont-Blanc, s’est promené autour des volcans d’Auvergne, a connu pluie, neige, grêle, mais aussi le soleil de plomb de la Vallée de la Mort aux États-Unis. C’est un lien entre tous les coureurs de longue distance, à la fois une grande joie et une responsabilité lorsqu’au cours d’une épreuve on porte le drapeau UFO.

 

Quels sont les exemples de paris fous ou d’initiatives originales qui sont partis des Ultrafondus ?

Connais-tu la Saintélyon ? C’est un raid nocturne qui se déroule début décembre chaque année entre Saint-Étienne et Lyon, approximativement 68 km et 1 200 m de dénivelé. Eh bien il y a quelques années de ça, une poignée d’Ultrafondus a trouvé que 68 km de nuit c’était un peu juste, et a inventé la Lyon-Saintélyon : quand on aime, on ne compte pas. Ils ont couru l’aller dans la journée, et le retour la nuit avec le reste du peloton. Et certains arrivent à sortir de jolies performances malgré tout !

Un autre pari complètement fou, c’est la Mégatoff : une méga fête de l’ultra, avec 10 000 km de course à pied à travers toute l’Europe, une chaîne constituée de relais d’au moins 43 km. La première édition de la Mégatoff s’est déroulée en début d’année 2008, 300 coureurs environ y ont participé. Il n’y avait absolument rien à gagner, mais tous voulaient être de la fête.

 

C’est quoi les OFF ?

« OFF » pour officieux : ce sont des sorties collectives organisées par un coureur qui souhaite partager ses parcours d’entraînement favoris et faire découvrir sa région aux autres coureurs. Ils sont assimilés à des entraînements collectifs, et ne nécessitent donc aucune structure. Des exemples : l’ultra-tour de Paris, permettant aux provinciaux de visiter Paris en une journée ou une nuit ; des courses disparues courues en petit comité, comme la Fortich’ de Maurienne. La Mégatoff, dont nous parlions précédemment, est l’exemple ultime de OFF : une immense course à laquelle un maximum de monde participe. Ces sorties collectives permettent d’allier ultrafond, voyage, découverte, amitié, tout en restant de bonnes bases d’entraînement.

 

Et le mag ? Depuis quand ? Qui le fait ? (aparté de l’interviewer, magnifique magazine, abonnez –vous !)

Ah, Ultrafondus Magazine, une belle histoire ! Parti d’un constat simple - il n’existe pas de magazine parlant d’ultra – c’est Philippe Billard qui s’est lancé : chef de rubrique dans un magazine informatique et coureur d’ultra, il avait à la fois les compétences et la connaissance du milieu. Le premier numéro date de mai 2003. Fabriqué avec les moyens du bord, il avait pourtant déjà une belle allure, rien à voir avec un fanzine. Philippe a tenu le rythme de 10 numéros par an, augmentant sans cesse la qualité du fond et de la mise en page. Reconnu dans le milieu, le magazine Ultrafondus diversifie peu à peu ses reportages, et augmente son nombre de pages. Romuald Payraudeau, un jeune graphiste, rejoint Philippe en 2004. Le magazine prend alors une nouvelle dimension, devenant esthétiquement un produit parfois qualifié d’artistique. La qualité des articles (récits de course, reportages, diététique, conseils d’entraînement, nouvelles, actualités, portfolios…) est unanimement reconnue, d’autant plus que le magazine se veut presque « littéraire ». Pour ne rien gâcher, il contient très peu de publicités, et celles-ci sont soigneusement choisies. Fin 2007, j’ai rejoint à mon tour l’équipe en tant que rédacteur en chef, dans l’optique d’une entrée en kiosque à l’automne 2008. Actuellement, le magazine est disponible par abonnement ou en vente au numéro uniquement sur internet.

 

Le site internet, le mag, le forum, la boutique, les organisations etc… ce sont des bénévoles qui gèrent tout ça ?

Site internet, boutique et magazine représentent des activités à part entière, qu’il n’est pas concevable de mener en parallèle d’une autre activité professionnelle. C’est pourquoi la société Ultrafondus emploie quatre personnes, les trois dont nous venons de parler, plus une « commerciale » chargée de dénicher les partenaires et annonceurs permettant de financer l’activité. En effet, même si travailler dans le cadre de sa passion est source d’intense satisfaction, l’ultra n’est pas (encore) un domaine très porteur, et il est bien difficile de trouver les ressources financières nécessaires à poursuivre et développer l’activité.

En parallèle, de nombreuses personnes donnent de leur temps pour participer à l’aventure Ultrafondus, ou la soutenir. Annick le Moignic par exemple, relit et corrige les articles chaque mois, d’autres sont modérateurs du forum, de nombreux coureurs envoient des récits qui font par la suite l’objet d’articles… Il existe une forte émulation autour du sigle UFO, et c’est un véritable moteur lorsqu’il est parfois difficile d’avancer.

 

UFO ça se passe comment ? Il y a un organigramme ? Un chef indien, un sous chef etc…

Côté société Ultrafondus, il y a bien sûr des places bien définies pour chacun, mais côté « communauté », la volonté est justement de repousser toute forme d’organigramme, de têtes pensantes tout en haut et d’exécutants plus bas. Quand on se retrouve au centième kilomètre d’une course de montagne, peu importe la position dans la société, on est tous égaux. C’est un peu cette idée qu’Ultrafondus essaie de véhiculer : tous égaux dans l’effort.

 

Vous acceptez tout le monde, ou il faut avoir un CV déjà conséquent ? A partir de quel moment on peut se revendiquer être un UFO ?

Ce sujet est assez étrange. Des gens nous disent régulièrement « j’ai acheté une casquette UFO, mais je ne peux pas encore la porter, je n’ai pas couru d’ultra ». On se rend compte que la plupart des coureurs attachent une réelle valeur à ce sigle. Ils s’en sentent très proches, ont très envie de le toucher du doigt, mais le laissent de côté tant qu’il n’ont pas « mérité » de l’arborer. Et le jour où ils franchissent le 43e kilomètre d’une épreuve, l’heure est venue de porter la casquette, en même temps une récompense et une intronisation.

À chacun de se faire son avis et de ranger sous ces trois lettres ce qu’il y voit. Personnellement, je trouve « qu’être un UFO », c’est davantage un état d’esprit qu’avoir atteint une marque kilométrique. Bref, pour être UFO, il suffit de se sentir en affinité avec les principes dégagés par la communauté, c’est tout.

 

Le projet qui va réunir les UFO, quel est-il ? Où et quand ?

Régulièrement, des coureurs se réunissent sur des épreuves officielles ou lors de ces fameux OFF dont nous avons déjà parlé. La prochaine grosse épreuve qui verra beaucoup d’UFO au départ, c’est le North Face Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB), une classique de l’année pour les amoureux de l’effort long en montagne. Et bien sûr, le prochain énorme rassemblement d’UFO, ce sera lors de la Mégatoff 2009, dates pas encore définies.

 

Le « méga bon plan » qui vous fait rêver ?

À chacun ses rêves : participer à une épreuve en particulier, découvrir une région, un pays, un massif au travers de la course, tout plaquer et partir en courant à travers le monde, battre des records… Heureusement, il n’y a pas un rêve unique pour tous. Personnellement, je rêve souvent de (re)découvrir des territoires au gré de la course à pied : Australie, Amérique du sud, Norvège, mais aussi Bretagne, Auvergne, Alpes…

 

Bon allez sans rire, ça sert à quoi tout ça ?

À s’amuser, à rêver, à se construire, à projeter, à découvrir, à échanger…